DPE 20 août 2026 14 min de lecture

22 660 € au lieu de 59 900 € : le DPE projeté qui a débloqué le prêt de Camille

Camille et sa famille achètent leur résidence principale à Savigny-sur-Orge, dans l’Essonne. Une maison individuelle de 87,92 m² construite entre 1948 et 1974. Le compromis est signé, et avec lui le compte à rebours : dix jours pour boucler le financement.

Le dossier a un problème, et ce n’est pas la maison. C’est un document fourni avec elle. La maison est classée F, ce qui rend l’audit énergétique réglementaire obligatoire à la vente. Cet audit est dans le dossier. Il annonce 59 900 € de travaux.

Le budget travaux de Camille est de 30 000 €.

Face à un courtier et à une banque, l’écart entre ces deux chiffres n’est pas un détail technique. C’est ce qui décide si le prêt passe ou non. Camille m’a envoyé le dossier, et j’ai livré un DPE projeté 48 heures plus tard : classe D atteignable pour 22 660 à 26 500 €, travaux induits compris. Dans le budget.

Le prêt a été débloqué.

Cet article détaille l’analyse, poste par poste : pourquoi l’audit réglementaire annonçait un chiffre deux fois et demie supérieur, ce que j’ai retiré, ce que j’ai gardé, et sur quelle base.

1. La maison au départ : F, 418 kWh/m²/an

Commençons par le bien tel que le diagnostic le décrit.

  • Maison individuelle de 87,92 m², 2 niveaux, 5 pièces, construite entre 1948 et 1974
  • Murs en briques creuses de 20 cm et en béton banché de 25 à 30 cm, aucun isolé
  • Plancher bas : dalle béton sur terre-plein et plancher à poutrelles-hourdis sur garage, non isolés
  • Plafond sous solives bois donnant sur un comble faiblement ventilé, non isolé
  • Menuiseries : simple vitrage bois sur la totalité du logement, huit fenêtres et une porte-fenêtre de 5,06 m²
  • Ventilation : par ouverture des fenêtres, autrement dit aucune
  • Chauffage et eau chaude : chaudière gaz naturel basse température de 2011, 25 kW, ballon de 80 L

Résultat : classe F, 418 kWh/m²/an en énergie primaire, étiquette climat F également, soit une passoire thermique au sens de la loi Climat et Résilience. Facture énergétique estimée entre 3 160 € et 4 320 € par an.

Première page du DPE initial : classe F, 418 kWh/m²/an et 91 kg CO2/m²/an, facture estimée entre 3 160 et 4 320 € par an
Le bloc de performance du DPE de départ : F, 418 kWh/m²/an, et une facture estimée entre 3 160 et 4 320 € par an.

C’est une passoire thermique classique de cette période : l’enveloppe n’a jamais été touchée. Ce qui est, il faut le dire, une excellente nouvelle. Sur un bâti où rien n’est isolé, les premiers travaux produisent les gains les plus spectaculaires. Le potentiel est intact.

2. Pourquoi l’audit obligatoire annonçait 59 900 €

C’est le point que presque personne ne comprend, et il coûte des financements.

L’audit énergétique réglementaire est obligatoire pour vendre une maison classée E, F ou G. Il est encadré par le décret n° 2022-780 du 4 mai 2022, et ce décret lui impose un objectif : proposer des scénarios de travaux permettant d’atteindre la classe A ou B.

Pas la classe D. Pas la classe C. A ou B.

L’auditeur n’a donc aucune latitude. Il ne chiffre pas ce dont l’acquéreur a besoin, il chiffre ce que la loi lui demande de chiffrer. Sur la maison de Camille, cela donne, pour le scénario « rénovation en une fois » :

Poste Prescription de l’audit Coût estimé TTC
Murs Isolation par l’extérieur, R > 4,5 17 844 €
Planchers bas Isolation sous chape et en sous-face, R > 3,5 6 391 €
Plafond Isolation par l’extérieur, R > 7,5 4 796 €
Fenêtres Double vitrage à isolation renforcée 7 786 €
Portes Remplacement, Ud = 1,3 1 576 €
Chauffage Pompe à chaleur air/eau double service 13 200 €
Eau chaude Système solaire thermique 7 150 €
Ventilation VMC hygroréglable type B 1 200 €
Total ≈ 59 900 €
Page de synthèse de l’audit énergétique réglementaire : scénario 1 « rénovation en une fois » à environ 59 900 € TTC, scénario 2 par étapes dont la première à 37 300 €
La synthèse de l’audit réglementaire, telle qu’elle figurait au dossier de vente : 59 900 € pour le scénario en une fois, 37 300 € pour la seule première étape du scénario par étapes.

Le document est parfaitement conforme. Il est aussi parfaitement inutilisable pour monter un dossier de prêt avec 30 000 € de travaux.

Et l’alternative qu’il propose ne sauve rien : le scénario « par étapes » chiffre la première étape à 37 300 €. Toujours au-dessus du budget, et pour un résultat que l’audit lui-même qualifie de confort d’été « insuffisant ».

Voilà ce que la banque avait sous les yeux. Un document officiel, obligatoire, qui disait en substance que cette maison réclamait le double du budget de ses acquéreurs.

Il n’a jamais été question de contester cet audit. Il répond correctement à la question qu’on lui pose. Le problème, c’est que ce n’était pas la question de Camille. La sienne était : avec 30 000 €, jusqu’où peut-on monter ?

3. Calculer sur leur projet, pas sur la maison visitée

Disons-le tout de suite, parce que la nuance compte : ce n’est pas ici que se joue l’essentiel de l’écart. Le gros du chemin, ce sont les travaux eux-mêmes, et d’abord l’isolation des murs. Ce qui suit relève du réglage fin, celui qui évite de payer pour des travaux que le projet rend inutiles.

Un DPE et un audit décrivent la maison le jour de la visite. Celle de Camille a été visitée le 30 juillet 2025, avec son garage et son sous-sol non chauffés. C’est cet état qui est figé dans le calcul.

Sauf que Camille et sa famille achètent pour réaménager. Dans leur projet, le sous-sol devient un espace de vie chauffé d’environ 60 m², et le garage disparaît en tant que volume non chauffé.

Cela change deux données du calcul :

  • Les murs 7, 9, 10 et 11 du rez-de-chaussée donnaient sur le garage. Dans le projet, il n’y a plus de garage, donc plus de paroi déperditive à cet endroit. Conformément à la méthode 3CL, je les sors du calcul.
  • Les planchers passent à 60 m² de part et d’autre, pour coller au réaménagement réel.

L’effet sur la note est modeste : l’état initial passe de 415 à 397 kWh/m²/an, soit 18 kWh/m²/an, à comparer aux 152 que rapportera la seule isolation des murs. On reste en F, et personne n’améliore un DPE en redessinant ses plans.

L’effet sur la facture, lui, est net. Ce recalage supprime deux postes de travaux :

  • On n’isole pas quatre murs qui ne donnent plus sur un espace non chauffé.
  • Les 6 391 € d’isolation des planchers bas prescrits par l’audit deviennent sans objet, puisque le sous-sol entre dans le volume chauffé.

Un audit ne peut pas faire ça. Il constate un état, il ne connaît pas le projet de l’acquéreur, et il chiffre donc des travaux sur des parois qui ne seront bientôt plus déperditives. C’est ce qui sépare un document réglementaire d’un plan de rénovation : le premier décrit le bien, le second décrit ce que vous allez en faire. Et ça vaut dans les deux sens. Un projet d’aménagement peut aussi bien créer de nouvelles déperditions qu’en supprimer, d’où l’intérêt de recalculer plutôt que de supposer.

4. Le plan retenu, poste par poste

Une fois l’état initial recalé, un seul scénario a été construit, avec un objectif clair : la classe D, au meilleur coût.

Poste Détail Gain Coût
Isolation des murs ITI, isolant R = 3,15 (100 mm de laine de verre), 98,19 m² 152 kWh/m²/an 6 860 €
Menuiseries Double vitrage PVC, lame d’air 20 mm, argon/krypton ~18 kWh/m²/an 8 000 €
Combles Double couche croisée, R = 6,5 (≈ 30 cm), 64 m² 11 kWh/m²/an 3 200 €
Ventilation VMC hygroréglable type B 6 kWh/m²/an 1 200 €
Travaux induits Peinture, faux-plafond du sous-sol, réseau d’eau sans objet 3 400 à 7 300 €
Total 22 660 à 26 500 €

Le tableau dit une chose importante : l’isolation des murs porte à elle seule 152 kWh/m²/an, soit près de quatre fois le gain cumulé de tous les autres postes. C’est le poste qui fait le travail. Les fenêtres, dont tout le monde parle en premier, en rapportent 18.

Le détail a été fourni à Camille mur par mur et fenêtre par fenêtre. Le mur 2, exposé Est et de 17,19 m², rapporte à lui seul 31 kWh/m²/an. La fenêtre 4, de 0,39 m², rapporte moins de 1 kWh/m²/an. Ce niveau de granularité n’est pas de la coquetterie : c’est ce qui permet d’arbitrer poste par poste si le budget se tend en cours de chantier.

👉 Ce rapport, vous pouvez le lire en entier. L’exemple de DPE projeté que nous envoyons sur demande, c’est précisément le dossier remis à Camille : le plan de rénovation complet, le détail des gains mur par mur et fenêtre par fenêtre, les matériaux recommandés, les points de mise en œuvre, et le DPE projeté en PDF. Le document exact, pas une version allégée.

Un point de mise en œuvre a été signalé, et il n’est pas négociable. En isolation par l’intérieur, le mur devient plus froid, et la vapeur d’eau produite dans le logement peut condenser dans l’isolant. Sans frein-vapeur correctement posé et sans ventilation, on gagne des kWh et on récolte des moisissures. La VMC hygro B n’est pas un poste d’optimisation, c’est la condition de survie de l’isolation. Ses 6 kWh/m²/an de gain sont presque anecdotiques à côté de son vrai rôle.

5. Ce que j’ai écarté, et pourquoi

Trois postes de l’audit ont sauté. Aucun pour des raisons budgétaires seules.

La pompe à chaleur et le solaire thermique : 20 350 €

L’audit prescrit une PAC air/eau double service à 13 200 € et un système solaire pour l’eau chaude à 7 150 €. À eux deux, ils coûtent plus cher que la totalité de mon plan.

La chaudière gaz basse température de 2011 est conservée. Deux raisons.

D’abord, elle n’est pas mauvaise au DPE. Une chaudière basse température récente n’est pas ce qui plombe cette maison ; l’absence totale d’isolation, si.

Ensuite, et c’est l’argument qui compte vraiment : on ne dimensionne un générateur de chauffage qu’après avoir isolé. La puissance nécessaire dépend directement des déperditions du bâti. Installer une PAC sur une maison non isolée, c’est acheter une machine calibrée pour un logement qui n’existera plus une fois les travaux faits, et donc la surdimensionner. Une PAC surdimensionnée coûte plus cher à l’achat, fonctionne moins bien et s’use plus vite.

Changer le chauffage avant d’isoler, c’est mettre la charrue avant les bœufs, et payer la charrue au prix de la voiture. Ce sera le bon sujet dans quelques années, une fois l’enveloppe traitée.

L’isolation par l’extérieur : 17 844 € remplacés par 6 860 €

L’audit prescrit une isolation des murs par l’extérieur, R > 4,5, à 17 844 €. J’ai retenu une isolation par l’intérieur, R = 3,15, à 6 860 €.

Ce n’est pas un arbitrage à la baisse déguisé. C’est le projet de Camille qui rend l’ITI évidente : ils replaquaient de toute façon. Les rails, le BA13, les bandes, l’enduit et le ponçage étaient déjà au budget travaux, indépendamment de toute considération énergétique. Poser l’isolant et le frein-vapeur dans la foulée ne coûte que l’isolant et le frein-vapeur.

Reste la question du R. Passer de R > 4,5 à R = 3,15, est-ce sacrifier la performance ? Non, et c’est un principe qui vaut bien au-delà de ce chantier : les premiers centimètres d’isolant font l’essentiel du travail. Aller de 0 à 10 cm produit un gain considérable, aller de 10 à 14 cm un gain marginal, pour un surcoût réel en matériaux, en temps de pose et en surface habitable perdue. C’est détaillé dans mon article sur l’épaisseur d’isolant et dans celui sur le coefficient U.

Une ITE, elle, aurait été un chantier entièrement nouveau, sans rien réutiliser du chantier déjà prévu. Avec, en prime, une autorisation d’urbanisme à obtenir, que l’audit signale lui-même (et une autorisation d’urbanisme, dans une fenêtre de dix jours, c’est le genre de plan qui se termine mal).

Une pierre, deux coups. C’est le genre d’économie qu’on ne voit que si on regarde le projet, et pas seulement le bien.

L’isolation des planchers bas : 6 391 €

Conséquence directe de la section 3 : le sous-sol devient chauffé, le plancher n’est plus déperditif, le poste disparaît.

6. Le résultat

Classe D, 166 kWh/m²/an, contre 418 au départ.

Avant Après
Classe énergie F D
Consommation 418 kWh/m²/an 166 kWh/m²/an
Facture annuelle estimée 3 160 à 4 320 € 1 380 à 1 920 €
Coût des travaux sans objet 22 660 à 26 500 €
Première page du DPE projeté : classe D, 166 kWh/m²/an et 35 kg CO2/m²/an, facture estimée entre 1 380 et 1 920 € par an
Le même bloc, sur le DPE projeté livré à Camille : D, 166 kWh/m²/an, facture ramenée entre 1 380 et 1 920 €. Le filigrane « Projeté » rappelle qu’il s’agit d’une simulation, sans valeur réglementaire.

La facture énergétique est divisée par 2,3. La maison sort du statut de passoire thermique. Et le tout tient dans les 30 000 € de budget, travaux induits compris.

Le rapport a été livré en 48 heures, dans la fenêtre des dix jours du compromis. Le prêt a été débloqué. Les travaux n’ont pas encore commencé au moment où j’écris ces lignes.

Un rappel qui a toute son importance ici : un DPE projeté n’a pas de valeur réglementaire. C’est un carnet de route qui sert à décider et à financer. Pour obtenir la nouvelle étiquette officielle après travaux, il faudra faire intervenir un diagnostiqueur certifié sur place. D’où la consigne donnée à Camille : conserver toutes les factures de matériaux, tous les devis, et photographier chaque poste pendant le chantier.

7. Le devis de l’artisan

Questions fréquentes

Un DPE projeté suffit-il à débloquer un prêt immobilier ?

Il n’a aucune valeur réglementaire et aucune banque n’est tenue de l’accepter. Ce qu’il apporte, c’est un chiffrage argumenté, poste par poste, que le courtier peut opposer au montant de l’audit. Dans le dossier de Camille, c’est ce qui a fait la différence. Ce n’est pas une garantie, c’est une pièce de plus.

Pourquoi l’audit énergétique annonce-t-il toujours des montants aussi élevés ?

Parce que la réglementation lui impose de proposer des scénarios menant à la classe A ou B, quel que soit le besoin réel du propriétaire. Il ne chiffre pas votre objectif, il chiffre le sien. Sur cette maison, l’écart entre les deux atteignait 37 000 €.

Peut-on atteindre la classe D sans changer le système de chauffage ?

Souvent oui, sur un logement dont l’enveloppe n’a jamais été isolée. Ici, l’isolation des murs seule a rapporté 152 des 187 kWh/m²/an gagnés, avec une chaudière gaz de 2011 conservée. Isoler d’abord reste la règle : on dimensionne un générateur en fonction des déperditions, pas l’inverse.

Combien de temps faut-il pour obtenir un DPE projeté ?

Le délai annoncé est de 72 heures. Le dossier de Camille est parti en 48 heures parce que la fenêtre du compromis l’imposait. Ce qui conditionne le délai, c’est surtout la qualité de ce que vous transmettez : le DPE existant, les plans et des photos suffisent dans la plupart des cas.


L’audit énergétique de cette maison n’était pas faux. Il répondait à la question que la loi lui impose de poser : comment atteindre la classe A ou B ? Réponse, 59 900 €. Personne dans ce dossier n’avait besoin de cette réponse.

Celle de Camille était différente : avec 30 000 €, jusqu’où peut-on aller, et comment le prouver à une banque en moins de dix jours ? Trois décisions ont suffi, par ordre de poids. Concentrer le budget sur l’isolation des murs, qui porte à elle seule 152 des 187 kWh/m²/an gagnés, et la faire par l’intérieur puisqu’ils replaquaient déjà. Écarter une pompe à chaleur et un chauffe-eau solaire qu’il aurait de toute façon fallu redimensionner après isolation, soit 20 350 € qui ne servaient pas l’objectif. Recalculer enfin sur leur projet de réaménagement, ce qui retire deux postes de travaux devenus sans objet. Résultat : classe D pour 22 660 à 26 500 €, et un prêt qui passe.

Rénover sans avoir chiffré, c’est le syndrome de l’Inch’Allah de la Tourette : croiser les doigts, fermer les yeux, et espérer que la banque ne regarde pas de trop près.


👉 Vous êtes sous compromis avec un audit qui annonce un montant qui fait reculer votre banque ? Recevez le dossier complet de Camille, c’est l’exemple exact que nous envoyons, puis jugez si un DPE projeté répond à votre situation.